mercredi, juillet 15, 2009

Du danger du rap macho et imbécile

Un peu comme tout le monde, c'est à la lumière de la récente actualité que j'ai découvert le rappeur normand Orelsan, déprogrammé sauvagement des Francofolies de la Rochelle pour mots violents envers la gent féminine. J'ai donc eu la curiosité d'aller lire ses textes (et non pas le seul "Sale p**e" qui fait tant de bruit). Je passerai sur ma répulsion pour ce narcissisme éhonté et l'utilisation d'une langue française aux 300 mots de vocabulaire ; le fond de ses textes est une horreur sans cesse renouvelée. Je le dis, l'affirme, même s'il ne chante plus la chanson incriminée en public, les propos d'Orelsan sont dangereux. Petite explication de texte(s) :
1. Ce jeune homme assimile la femme à sa propriété. Avant je t'aimais, maintenant je rêve de te voir imprimer mes empreintes digitales. T'es une sale catin. ("Sale p**e"). Il est dit plus haut dans la chanson que la petite amie du rappeur l'a trompé avec un autre homme. Donc, automatiquement, elle déchoit au rang de "pute" et mérite d'être frappée. Rappelons tout de même que ni le désamour, ni l'infidélité ne sont choses illégales : on peut certes s'y opposer d'un point de vue moral. Mais en rien cette jeune femme ne mérite d'être dégradée, et punie par la violence physique pour son geste. C'est très important : la rhétorique post-ado d'Orelsan justifie l'injustifiable. Les amoureux déçus qui brûlent le visage de leur ex-copine, dans nos cités ou au Pakistan, ne disent pas autre chose.
2. L'acte sexuel est dégradant pour une femme. On compte pas moins de 4 occurrences du mot "sucer" dans la chanson "Sale p**e", toutes pour rabaisser celle qui jadis fut aimée du poète (la veinarde), ainsi que les charmantes expressions "t'es bonne qu'à te faire péter le rectum", mais aussi "j'aime pas celles qui avalent, j'aime celles qui font des gargarismes" ou "je te tèje la veille et je te rebaise le lendemain, suce ma bite pour la Saint-Valentin" ("Saint-Valentin"). Bien. La fellation, intégrale ou non, la sodomie et même la simple pénétration sont donc des actes capables de faire déchoir une femme, de la faire passer pour une "pute" si cela se sait. Mais aussi des actes désirés par le mâle tout-puissant : il s'agit alors de leurrer la jeune fille en lui faisant croire qu'on l'aime ("Saint-Valentin"), ou de sacrifier des femmes à cette fonction, celle de "chienne". Le désir du mâle est légitime, glorifiant, celui de la femme est honteux, déshonorant. Là encore, on peut se demander où est la différence avec les ignobles machos qui offrent leur proie en tournante à leurs copains.
3. Dernier point, la normalisation de la violence faite aux femmes. Dans la désormais célèbre "sale p**e", ce jeune homme crie sa déception, sa jalousie dévorante, sa haine. Son dépit amoureux a dû être violent, certes, et chacun comprendra qu'on se laisse parfois aller à de telles pensées. On veut que celui qui nous fait souffrir souffre à son tour : c'est pas très glorieux, mais humain. Le problème, c'est lorsqu'on rend ces propos publics, qu'on les diffuse en concert, sur internet : là, ce n'est plus une horreur qui nous a échappé dans la colère, mais des paroles qu'on assume. Ca signifie qu'il est ok d'avoir envie de "déboîter la mâchoire" d'une femme ou de dire qu'elle "mérite [sa] place à l'abattoir". Ce n'est plus une pensée honteuse qu'il faut réprimer, c'est un propos qui a toute sa place au milieu d'un festival musical grand public.
Qu'on remplace un instant le mot "femme" par "Noir" ou "juif" : ces mots deviendront isnoutenables à beaucoup. Les associations de lutte féministe sont-elles si chétives, ou si peu entendues des médias, pour que l'on laisse passer telle horreur ? Tant que l'on permettra la tenue publique, et applaudie, de telles phrases, on pourra dépenser des milliards en prévention contre le violence morale, et physique, faite aux femmes.

jeudi, novembre 13, 2008

Ce à quoi on en est rendus.

Prof d'histoire : "Rhaaa, les gars, partez sans moi, faut que je reste faire un rapport d'exclusion.
Prof de latin : Ben non, on t'attend. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Prof d'histoire : Un élève a dit "ta gueule" aux autres une dizaine de fois pendant mon cours.
Prof de latin : Tu exclus un élève pour ça toi ? Moi j'estime que c'est devenu du domaine courant. Tiens, d'ailleurs, tout à l'heure y'en a un qui a traité l'autre de "tête de bite" dans mon cours, j'ai rien dit.
Moi : Parce que c'était vrai ?
Prof de latin : Non, non, parce que si je commence à punir ça, je punis tout le monde tout le temps.
Prof d'histoire : Ouais, t'as raison, mais là c'était dit très fort, de façon répétée, pour attirer l'attention, tu vois.
Prof de latin : Ah oui, là, d'accord. Faut punir."
Elèves de France et de Navarre, insultez à voix basse, et l'avenir est à vous.

lundi, juillet 21, 2008

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Ce n'est pas tant que ça soit fini, encore une fois. C'est que le motif soit le même. Qu'est-ce donc qui fait qu'il apparaît difficile à un garçon de se projeter dans l'avenir avec moi ?
On peut ergoter sur le fait que je choisisse des amoureux pas très disponibles à l'énamourement, sur ma difficulté à être moi-même dans ce type de relation. Mouais. Ca joue certainement, mais il me semble que la vérité est ailleurs. Non, je crois surtout que moi-même je ne suis pas certaine d'avoir envie d'être en couple. De tomber amoureuse, de ressentir le vertige de la passion, oui. Le couple, la constitution d'un vrai partenariat de vie, la dimension sociale du lien : je suis pas prête.
Or, c'est exactement sur ce point-là que la pression extérieure se fait étouffante. A presque trente ans, n'étant ni débile, ni un laideron, multipliant les relations intenses mais brèves, je fais figure de fille à problèmes. A l'écoute du récit de ma vie sentimentale, c'est plus fort que soi, on se prend d'un coup à chercher le défaut caché, le truc qui fait que cette nana "n'arrive pas à retenir les hommes". Je n'invente rien, j'ai entendu cette expression particulièrement révélatrice dans la bouche de gens qui me veulent du bien.
La famille, lieu par excellence de toutes les névroses, se fait particulièrement insidieuse en la matière : de la soeur, maquée depuis dix ans, au regard gentiment compatissant, à la maman qui dit tout à fait comprendre mon rejet du couple et me demande dans la foulée si j'aurai un chéri à leur amener cette année à Noël, en passant par le père ne préférant rien savoir de mes amours, et dont le léger sourire lors de mes ruptures me fait soupçonner qu'il n'est pas totalement mécontent de pouvoir garder une de ses filles pour lui...
Et puis il y a les interrogations existentielles. Est-ce que j'ai vraiment envie d'être cette caricature de trentenaire parisienne ne parvenant pas à s'engager ? Est-ce que je n'en ai pas assez de ces voyages sans personne avec qui partager, de la solitude de cette vie d'indépendante forcenée ? Est-ce qu'un jour je n'aurai pas envie d'un enfant, et est-ce que ce n'est pas trop tard de me réveiller à 35 ans alors que la fécondité décline sec ?
Tout cela concourt à faire rechercher frénétiquement un mec. Plutôt qu'un amoureux : un alibi social, un projet d'avenir, un boosteur d'ego ratatiné. Trois en un, clefs en main, à présenter au plus vite autour de soi, histoire de rentrer enfin dans le confort de la norme sociale.
Sauf que ça craque très vite. L'angoisse sourde et omniprésente, sans motif apparent, est déjà un indice. Les petites phrases mettant à distance, niant l'importance de l'Autre dans ma vie, et qu'il attrape au vol. Puis le poids des attentes non-dites qui plombe vite les conversations, un vrai travail de sape, en sous-marin, redoutablement efficace. Et le catalyseur : ce dîner de présentation à mes amis, qui sonnait faux, que j'avais accepté à contrecoeur, et qui a mis au jour un profond malaise de part et d'autre.
C'est fini. Pas pour de très bonnes raisons, pas forcément définitivement, mais c'était nécessaire à ce stade des choses. En ligne de mire, pour moi, le Togo et ses cinq semaines d'éloignement forcé. A mon retour, peut-être, une autre façon de se parler.
Je n'aime pas les séparations définitives. Surtout quand on n'a pas cessé de s'adorer.

mercredi, juillet 09, 2008

Les ennuis commencent.

Les familiers de ce blog, ou de ma vie sentimentale dans son ensemble, vont sourire. Mais c'est plus fort que moi : à chaque fois qu'une relation amoureuse existe (c'est-à-dire que l'Autre n'habite pas dans un autre pays ou que je ne suis pas obligée de le harceler pour qu'on se voie une pauvre heure par semaine), je suis saisie d'une angoisse indicible. A me faire battre le coeur à tout rompre, à m'empêcher de dormir. A me donner envie de tout planter là, tellement ce serait plus simple.
Pourtant il me plaît. Le pire, c'est encore ça : je le trouve séduisant, drôle, brillant, profondément honnête dans sa façon d'aborder les choses, et le coup de penser à remplir d'eau un bol pour mon futur thé, à 7h du matin, parce qu'il savait que les ouvriers la couperaient à 8h pour les travaux et que je dormais encore, m'a définitivement scotchée.
Mais je n'arrive pas à être en couple. Ca m'obsède, c'est fou. Je me vois obligée de fonctionner par paire, obligée d'être douce et souriante, obligée de l'aimer pour toujours et réciproquement. Impossible d'être détendue, d'être moi-même dans ce contexte.
Et puis. C'est tellement immature comme remarque que j'en ai un peu honte... Mais la calme certitude du quotidien n'a pas l'éclat foudroyant de la passion. J'ai peur de l'ennui, du manque de désir, qu'on finisse par aller se coucher en chaussettes et en regardant la télé, de toutes ces choses inévitables et même pas graves d'une vie en commun.
Hier, mon meilleur ami m'a annoncé qu'il se pacsait et qu'il achetait un appartement. Lui, qui quatre ans durant, a bataillé fermement contre sa copine pour refuser méthodiquement chaque marque d'engagement un peu trop définitif. Il se lie par double contrat pour des années, et avec le sourire. Putain. Y'a pas à dire, faut qu'on cause. Je suis sûre qu'il a tout un tas de trucs à m'apprendre.
Tiens, je l'appelle tout de suite.

mardi, juin 24, 2008

Discours.

De retour d'une réunion d'entente sur les critères de correction du bac, de laquelle j'aurai sûrement l'occasion de reparler, je me vautre sur mon célèbre canapé rouge, direction la télé. Rien de tel que le journal de 13h pour assimiler facilement les infos, pensé-je. L'analyse n'y est pas trop poussée, les références culturelles presque inexistantes, et l'image fait glisser le tout. Il est 12h30, la première édition est celle de canal + ; j'allume.
Cela commence par Alain Ducasse qui décide de ne plus être français, mais monégasque. Joint au téléphone, étonné, mais apssablement irrité, le cuisinier dit "écoutez, c'est un choix de coeur : je vis à Monaco depuis 1987, mes sociétés sont françaises, restent françaises, et paieront l'impôt sur les sociétés en France", arrêtez de me faire chier (j'ajoute la dernière portion de phrase pour l'emphase). Bon. Pendant cinq bonnes minutes, la journaliste, qui avait affirmé que cela "relançait la polémique sur le bouclier fiscal", diffuse interview sur interview de gars qui discutent le choix personnel d'Alain, la gauche pour dire "voyez, ça sert à rien votre truc" et la droite pour dire "le bouclier est déjà un mieux, mais on ne sera jamais au niveau de Monaco ça c'est sûr". Cinq minutes sur un débat qui avait été invalidé au bout de trente secondes. A croire qu'il n'existe pas de choix de coeur quand on est homme public, mais juste des événements hautement symboliques de ce qui se passe dans ce pays.
Plus tard, on revient sur les événements du week-end. D'abord l'agression du jeune homme "de confession juive", comme si "juif" était un gros mot, comme "noir" désormais remplacé par "black". Il est plongé dans le coma, on recherche activement ses bourreaux. "Et puis dans le centre de rétention de Vincennes"...continue la journaliste. "Et puis" ? "Et puis !" Quel lien entre ces deux histoires ? Pas la violence, qui traverse le journal de part en part. Pas le lieu, ni l'identité des victimes, ni la nature des faits. J'ai beau chercher, je ne vois que la sensation confuse qu'on parle de gens pas tout à fait français. L'esprit convoque d'abord la kippa, la barbe voire les papillotes, puis la peau noire ou basanée, les vêtements sales, l'odeur de misère. De l'humain typé, pas tout à fait comme nous. De l'Etranger, dans toute sa splendeur. Qu'importe si les Juifs sont français depuis quinze générations,* ou si les sans-papiers vivent et travaillent ici depuis trente ans.
On parle ensuite soldes, tennis, et je me détends. Mauresmo est toujours en lice et je vais pouvoir acheter plein de jolies choses pas cher, chouette. C'est lors de l'analyse de Nicolas Domenach que mes muscles se raidissent à nouveau. "Eh oui, les soldes arrivent au bon moment pour le gouvernement Fillon, qui accumule les mauvaises nouvelles : mouvements sociaux au printemps, pouvoir d'achat en berne, popularité en chute libre, le non irlandais au mini-traité, l'élimination de l'euro..." L'élimi...? Mais bordel de dieu. J'ai beau ne pas porter Sarkozy dans mon coeur, le rendre responsable des penalties douteux d'une bande de onze gugusses en short, faudrait voir à pas abuser. Certes, les politiques sont les premiers à se saisir de l'embellie post-victoire, avec laquelle ils n'ont rien à voir non plus, mais est-on vraiment obligés de rentrer dans leur jeu ? Sommes-nous vraiment si cons ?
Ce discours décérébré m'inquiète. Ca ne parle de nulle part, cela ne dit rien, et à personne, au final. Cela fait semblant : ne nommons pas les faits, n'hésitons pas à répondre à une question sans objet, ne cherchons pas les racines de nos raisonnements. Reproduisons à l'infini un modèle que nous connaissons, qui n'est jamais qu'une variation à partir de thèmes pas inépuisables : débat sur l'insécurité, débat sur le pouvoir d'achat, polémique quant à l'immigration, quant aux impôts, débat sur l'euthanasie, sur les droits des homosexuels, sur la place de l'islam et de ses manifestations diverses, polémique sur le droit de grève, sur la santé à deux vitesses, sur le déficit de la France, sur la lourdeur technocratique de l'Europe, sur la qualité du service public. Et je crois qu'on a fait le tour.
"S'informer fatigue", écrivait Ignacio Ramonet il y a une quinzaine d'années. Aujourd'hui l'homme ou la femme de bonne volonté se fatigue doublement : effectuer soi-même le travail d'analyse du journaliste, et déconstruire les conneries qu'il nous jette en pâture.
* L'ignorance de mes contemporains ne cesse à ce propos de me stupéfier. Lorsque j'annonce que je sors depuis quelques semaines avec un Juif arabe, les sourcils se froncent et les yeux m'interrogent : "comment il fait pour les deux à la fois ?" Je jure que je n'invente rien et que je parle à des gens qui ont tous eu leur bac avec une épreuve d'histoire et une épreuve de géographie dedans.

vendredi, juin 20, 2008

Savoir s'engueuler.

Il change de position dans le lit, dos ostensiblement tourné vers elle. Elle l'emmerde, avec ses réflexes de petite princesse gâtée. Elle craint d'avoir vexé, demande un bisou avant d'aller dormir ? Tiens ! Un simple bonne nuit, et puis c'est tout. Elle insiste, préfère crever l'abcès. On voit nettement qu'elle redoute l'insomnie angoissée à ses côtés. Il refuse, se contient, puis explose calmement, tout de colère froide. Le propos est tranchant, mesuré, et c'est ça qui tue ; il a raison, mais la voix est trop affûtée. Elle baisse la tête, veut s'expliquer, cherche des mots qui viennent lentement, et sans le secours des phrases elle ne sait plus que pleurer. Il se tait. Elle continue, petit soldat, gamine saisie par la peur que son père ne l'aime plus. Elle dit ça, sans le regarder, qu'elle déteste ce mode de communication car il l'effraie. Et tout à coup il se jette sur sa bouche avec une passion imprévue, l'embrasse profondément. Se recule et dit fermement, l'index en l'air : "Ca n'annule pas ce que je viens de dire, hein !"
Elle rit, ils s'embrassent. Ils sont rassurés : ils savent s'engueuler.

dimanche, juin 15, 2008

A chaque fois

C'est pourtant comme ça à chaque fois. Représentation théâtrale, rentrée des classes, j'ai un trac du feu de Dieu qui commence deux jours avant, et s'éteint brusquement une fois le moment difficile passé.
Je joue ce soir. Bon. J'ai invité mes amis, mes traditionnels afficionados, qui de toutes façons ne seront pas trop méchants. Et puis je t'ai invité toi, un peu pour tester, pour voir si tu aurais envie de venir, d'apparaître déjà comme l'amoureux officiel, le régulier. Tu as dit oui avec un naturel confondant ; j'étais confondue. Heureuse comme tout que tu sois dans la salle à ce moment-là, paralysée de trouille à l'idée que tu m'évalues. Parce que c'est vrai, tu en as fait pendant des années, du théâtre. Et que ça ne fait que trois semaines qu'on se connaît... Tu pourrais encore avoir envie de prendre tes jambes à ton cou, par exemple...
C'est comme ça à chaque fois, pourtant. La simplicité, la douceur, ne pouvaient pas durer toutes seules. Avec l'envie de plaire apparaît l'angoisse de déplaire, et ce soir, mon Très Cher, je dois dire que je flippe un peu ma race.